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Comprendre le créole martiniquais

Comprendre d'où vient le créole martiniquais, comment il s'écrit et pourquoi il se distingue de ses voisins : les repères de fond, avant d'entrer dans la grammaire ou le vocabulaire.

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Une langue née au XVIIe siècle

Le créole martiniquais s'est formé dans le contexte de la colonisation et de l'économie de plantation, à partir du XVIIe siècle. Une première attestation d'un état ancien de la langue remonte à 1671, dans un témoignage recueilli auprès de pêcheurs. La langue a continué d'évoluer jusqu'au XIXe siècle, période où s'est stabilisé le système de marqueurs qui la caractérise aujourd'hui.

Sa base lexicale est française : l'essentiel de son vocabulaire vient du français des XVIIe et XVIIIe siècles, souvent remodelé phonétiquement. Sa grammaire, en revanche, ne se déduit pas du français. C'est ce décalage, des mots reconnaissables dans une structure qui ne l'est pas, qui rend le créole trompeusement familier à un francophone.

Le créole martiniquais partage son code de langue international, gcf, avec le créole guadeloupéen, ce qui témoigne de leur proximité. Leur différenciation s'est surtout accentuée au XIXe siècle.

Une langue longtemps restée sans orthographe

Pendant l'essentiel de son histoire, le créole a été une langue orale. Ceux qui l'écrivaient le faisaient à la française, en transcrivant les sons avec les conventions du français, ce qui produisait des graphies instables et différentes d'un auteur à l'autre.

Le tournant vient du GEREC, le Groupe d'études et de recherches en espace créolophone, fondé en 1975 à l'Université des Antilles par le linguiste Jean Bernabé (1942-2017). Entre 1977 et 1980, Bernabé pose les bases d'un système d'écriture cohérent pour les créoles des Petites Antilles, dit standard GEREC 1. Une seconde version, le GEREC 2, est exposée en 2002 dans son ouvrage « La graphie créole ».

Ce système est devenu si emblématique que le public parle de graphie GEREC plutôt que de graphie Bernabé. Son principe est de rompre avec le calque du français : à chaque son correspond une écriture stable, ce qui rend la lecture prévisible dès que l'on a intégré quelques correspondances. C'est la graphie retenue sur ce site.

Jean Bernabé a par ailleurs publié en 1983 une « Grammaire basilectale approchée des créoles guadeloupéen et martiniquais » en trois volumes, soit 1 559 pages fondées sur l'analyse de 5 754 énoncés : le travail de description le plus important dont dispose la langue.

Le créole à l'école, une reconnaissance tardive

La loi Deixonne de 1951, qui autorise l'enseignement de certaines langues régionales, ne mentionne pas les créoles. Ils restent donc longtemps hors du cadre légal de l'enseignement, alors même qu'ils sont la langue première d'une grande partie des élèves.

  • 1951 : la loi Deixonne ne cite pas le créole parmi les langues régionales concernées.
  • 1982 : la circulaire Savary sur l'enseignement des langues régionales lève l'illégalité de fait.
  • 1984 : premières expérimentations dans des établissements de Martinique et de Guadeloupe.
  • 9 février 2001 : un décret crée le CAPES de langue et culture régionales, option créole.
  • 5 et 6 mars 2002 : premières épreuves de ce CAPES.

Un demi-siècle sépare donc la reconnaissance des premières langues régionales de celle du créole. Cette chronologie explique en partie pourquoi tant de Martiniquais parlent couramment une langue qu'ils n'ont jamais apprise à l'écrit, et pourquoi l'orthographe créole reste mal connue de ses propres locuteurs.

Combien de personnes le parlent

Les estimations disponibles font état d'environ 418 000 locuteurs en Martinique, d'après un recensement de 2001. Le chiffre est à manier avec prudence : il date, et il ne dit rien de l'intensité de l'usage. Dans une situation de diglossie, parler créole recouvre des réalités très différentes, de la maîtrise complète à la simple compréhension passive.

La diaspora martiniquaise en France hexagonale porte par ailleurs la langue hors du territoire, souvent dans un usage familial qui ne se transmet pas toujours à la génération suivante.

Questions fréquentes

Le créole martiniquais est-il une langue ou un dialecte du français ?
C'est une langue à part entière, avec sa grammaire propre et son système phonologique. Elle a une base lexicale française, ce qui n'en fait pas un dialecte du français : sa syntaxe ne se déduit pas de celle du français.
Pourquoi le créole martiniquais et le guadeloupéen partagent-ils le même code de langue ?
Parce que les codes internationaux regroupent les variétés très proches. Le code gcf couvre les créoles des Petites Antilles françaises, dont le martiniquais et le guadeloupéen, mutuellement intelligibles à plus de 85 %.
Existe-t-il une orthographe officielle du créole ?
Il n'existe pas d'académie qui la fixe par décret, mais la graphie GEREC s'est imposée comme la norme de référence dans l'enseignement et l'édition. C'est celle utilisée ici.
Peut-on passer un diplôme de créole ?
Oui. Un CAPES de langue et culture régionales option créole existe depuis le décret du 9 février 2001, les premières épreuves ayant eu lieu les 5 et 6 mars 2002. Des cursus universitaires existent également à l'Université des Antilles.