Les verbes courants du créole martiniquais
Le point décisif : un verbe créole ne change jamais de forme. « Alé » reste « alé » à toutes les personnes et à tous les temps. Ce sont les marqueurs placés devant qui portent le temps.
57 entrées en graphie GEREC-2, dont 1 en attente de relecture par un locuteur natif.
ParPaul-Henri Dufourcq· mis à jour le
| Français | Kréyòl matinik |
|---|---|
| êtreC'est mon frère | séSé frè mwen |
| avoirJ'ai une voiture | niaussi accepté : tiniMan ni an loto |
| il y a | niaussi accepté : tini |
| aller | alé |
| venir | vini |
| faire | fè |
| dire | di |
| voir | wè |
| entendre | tann« tann » signifie aussi « attendre » : le contexte tranche |
| attendre | tann« tann » signifie aussi « entendre » : le contexte tranche |
| savoir | savaussi accepté : savé |
| connaître | konnèt |
| vouloir | vlé |
| pouvoir | péà ne pas confondre avec « pè » (peur) |
| devoir | dwètEn attente de relecture par un locuteur natif |
| prendre | pran |
| donner | bayaussi accepté : ba |
| mettre | mété |
| parler | palé |
| écouter | kouté |
| regarder | gadé |
| dormir | dòmi |
| se lever | lévé |
| marcher | maché |
| courir | kouri |
| tomber | tonbé |
| monter | monté |
| descendre | désann |
| entrer | antré |
| sortir | sòti |
| rester | rété |
| partir | pati |
| revenir | viré |
| acheter | achté |
| vendre | vann |
| payer | péyé |
| travailler | travay |
| jouer | jwé |
| chanter | chanté |
| danser | dansé |
| rire | ri |
| pleurer | pléré |
| aimer | enmen |
| chercher | chèché |
| trouver | touvé |
| perdre | pèd |
| ouvrir | ouvè |
| fermer | fèmen |
| commencer | koumansé |
| finir | fini |
| aider | édé |
| apprendre | apwann |
| comprendre | konprann |
| oublier | bliyé |
| penser | pansé |
| croire | kwè |
| porter | chayéau sens de transporter, emporter |
L'invariabilité change tout
Un verbe créole ne change jamais de forme. Ni selon la personne, ni selon le temps, ni selon le mode. Pour un francophone qui a passé des années à apprendre des conjugaisons irrégulières, l'information mérite d'être prise au sérieux : elle supprime d'un coup l'essentiel de l'effort de mémorisation qu'exige habituellement une langue nouvelle.
Ce que le français encode dans la terminaison, le créole le place devant le verbe, sous forme de marqueurs autonomes. La même forme verbale sert donc à toutes les personnes, et c'est le pronom qui indique qui agit tandis que le marqueur indique quand.
Il en découle une méthode d'apprentissage : apprendre un verbe créole, c'est apprendre un seul mot, pas un paradigme. Le temps économisé doit être investi dans les marqueurs, qui sont peu nombreux mais font tout le travail.
Deux verbes à part, et des paires à retenir ensemble
Les verbes correspondant à « être » et « avoir » se comportent différemment des autres : au présent, ils se passent le plus souvent du marqueur qui accompagne normalement les verbes. Cette exception est la même que dans beaucoup de langues, où les verbes les plus fréquents sont aussi les plus irréguliers.
Pour le reste, le vocabulaire verbal s'organise commodément par oppositions. Les verbes de déplacement fonctionnent par paires — monter et descendre, entrer et sortir, partir et revenir — qu'il vaut mieux apprendre ensemble qu'isolément : la mémoire retient mieux un couple qu'un mot seul.
Enfin, une part importante des verbes créoles se déduit du français par une règle de transformation régulière portant sur la finale. Une fois cette correspondance intégrée, un grand nombre de verbes devient reconnaissable sans apprentissage, et l'effort se concentre sur les quelques dizaines de verbes qui n'en relèvent pas.
À savoir
- « Man ka alé », « ou ka alé », « yo ka alé » : le verbe est identique. Seul le pronom change.
- « Tann » signifie à la fois entendre et attendre. Le contexte tranche.
- « Bay » (donner) devient « ba » devant un pronom : « ba mwen » (donne-moi).
- « Sé » (être) et « ni » (avoir) sont les deux verbes qui échappent le plus souvent au marqueur « ka » : « Sé frè mwen » (c'est mon frère) et « Man ni an loto » (j'ai une voiture) se construisent directement, sans marqueur de temps visible au présent.
- Les verbes de déplacement se répartissent en paires faciles à mémoriser ensemble : « monté »/« désann » (monter/descendre), « antré »/« sòti » (entrer/sortir), « pati »/« viré » (partir/revenir).
- Beaucoup de verbes créoles sont formés sur le modèle français avec la finale atone effacée : « achté » (acheter), « chanté » (chanter), « dansé » (danser) perdent le « -er » mais gardent l'accent sur la dernière syllabe.
- « Konprann » (comprendre) et « apwann » (apprendre) restent deux verbes distincts, comme en français : le premier décrit l'état de saisir un sens, le second le processus d'acquérir une connaissance.
Questions fréquentes
- Faut-il apprendre des conjugaisons en créole martiniquais ?
- Non. Le verbe garde la même forme à toutes les personnes et à tous les temps. L'effort porte sur les marqueurs placés devant le verbe, qui sont peu nombreux.
- Y a-t-il des verbes irréguliers ?
- Les verbes correspondant à « être » et « avoir » se comportent à part, notamment parce qu'ils se passent souvent du marqueur de présent. C'est l'irrégularité principale de la langue.
- Comment deviner un verbe créole à partir du français ?
- Une grande partie des verbes suit une transformation régulière de la finale française. La correspondance apprise une fois s'applique ensuite à de nombreux verbes.