Le temps et les jours en créole martiniquais
Le créole exprime le temps par des marqueurs placés devant le verbe, jamais par des terminaisons. Les mots ci-dessous situent l'action ; les marqueurs la conjuguent.
31 entrées en graphie GEREC-2, dont 1 en attente de relecture par un locuteur natif.
ParPaul-Henri Dufourcq· mis à jour le
| Français | Kréyòl matinik |
|---|---|
| aujourd'hui | jòdi-aaussi accepté : jòdi |
| hier | yè |
| demain | dèmen |
| maintenant | atjèlmanEn attente de relecture par un locuteur natif |
| matin | maten |
| après-midi | apré-midi |
| soir | swè |
| nuit | lannwit |
| jour | jou |
| semaine | simenn |
| mois | mwa |
| année | lanné |
| heure | lè |
| minute | minit |
| temps | tan |
| tôt | bonè |
| tard | ta |
| toujours | toujou |
| jamais | janmen |
| souvent | souvan |
| de temps en temps | tanzantan |
| déjà | déja |
| encore | ankò |
| bientôt | talè |
| lundi | lendi |
| mardi | madi |
| mercredi | mèkrèdi |
| jeudi | jédi |
| vendredi | vandrèdi |
| samedi | sanmdi |
| dimanche | dimanch |
Situer l'action et la dater sont deux opérations distinctes
Le vocabulaire de cette page et les marqueurs de temps ne font pas le même travail, et les confondre est une source d'erreur fréquente. Les mots listés ici datent : ils disent quel jour, quel moment, quelle période. Les marqueurs, eux, conjuguent : ils disent si l'action est en cours, achevée ou à venir.
Une phrase créole a besoin des deux, et le marqueur n'est pas facultatif parce qu'un mot de temps serait présent. Dire « demain » ne dispense pas de mettre le verbe au futur, exactement comme en français où l'on ne dit pas « demain je vais » pour annoncer un projet sans autre marque.
C'est aussi pourquoi ce thème renvoie sans cesse à la page des marqueurs : le vocabulaire seul ne permet pas de construire une phrase située dans le temps.
Un vocabulaire français reconnaissable, une écriture qui ne l'est pas
Les jours de la semaine et une grande partie des expressions de temps viennent directement du français et s'identifient à l'oreille sans effort. La difficulté n'est donc pas de les comprendre mais de les lire : leur graphie suit les conventions du GEREC, pas celles du français.
C'est une bonne nouvelle pour l'apprentissage. Ce thème est celui où le rendement est le plus élevé : quelques minutes suffisent à en maîtriser l'essentiel, parce que la mémoire n'a presque rien à stocker de nouveau. Le seul effort porte sur l'orthographe, et il se transfère ensuite à tout le reste du lexique.
Quelques mots échappent toutefois à cette transparence, notamment ceux qui couvrent en créole un champ que le français découpe en plusieurs termes. Les notes ci-dessous signalent ces cas, qui sont ceux où le mot à mot échoue.
À savoir
- « Jòdi-a » porte l'article défini postposé : littéralement « le aujourd'hui ».
- Pour conjuguer, voir les marqueurs ka, ké et té — ils font l'essentiel du travail que le français confie aux terminaisons.
- Les jours de la semaine sont directement issus du français, adaptés à la prononciation créole : « lendi », « madi », « mèkrèdi » se reconnaissent à l'oreille. Seule leur graphie, fixée par le GEREC, diffère du français.
- « Talè » sert à la fois pour « bientôt » et pour « à tout à l'heure » : le même mot couvre un futur proche et un passé très récent, le sens se déduisant du contexte de la phrase.
- « Tan » (le temps) est aussi celui de la météo : la page nature l'emploie pour parler du temps qu'il fait, comme en français où « le temps » désigne indifféremment la durée et la météo.
- « Janmen » (jamais) et « toujou » (toujours) s'emploient sans négation redondante : « Man pa janmen alé » (je ne vais jamais) associe simplement « pa » et « janmen », sans marque supplémentaire.
Questions fréquentes
- Faut-il un marqueur de temps si la phrase contient déjà « demain » ou « hier » ?
- Oui. Le mot de temps situe l'action dans le calendrier, le marqueur porte le temps grammatical. Les deux fonctions sont distinctes et le marqueur ne disparaît pas parce qu'un mot de temps est présent.
- Les jours de la semaine sont-ils différents du français ?
- Ils en sont directement issus et se reconnaissent à l'oreille. Seule leur graphie diffère, puisqu'elle suit les conventions du GEREC et non celles du français.
- Pourquoi certains mots de temps ont-ils plusieurs sens ?
- Parce que le créole découpe parfois le champ du temps autrement que le français, un même mot pouvant couvrir un futur proche et un passé récent. Le sens se déduit alors du contexte de la phrase.