Dire bonjour et se saluer en créole martiniquais
En Martinique, saluer n'est pas une formalité : on ne rentre pas dans une boutique, on ne monte pas dans un bus sans lancer un « bonjou ». L'omettre se remarque immédiatement.
29 entrées en graphie GEREC-2, dont 2 en attente de relecture par un locuteur natif.
ParPaul-Henri Dufourcq· mis à jour le
| Français | Kréyòl matinik |
|---|---|
| bonjour | bonjou |
| bonsoir | bonswè |
| bonne nuit | bòn nwitEn attente de relecture par un locuteur natif |
| au revoir | ovwèaussi accepté : orevwa |
| merci | mèsi |
| merci beaucoup | mèsi anchay« anchay » est la forme martiniquaise ; « anpil » est haïtien |
| s'il te plaît | soupléaussi accepté : si ou plé |
| s'il vous plaît | souplé |
| pardon | padon |
| excuse-moi | eskizé mwen |
| oui | wi |
| non | non |
| Comment ça va ? | Sa ou fé ?aussi accepté : Sa ou fè ?, Sa ou fe ?, Sa'w fé ?, Sa'w fè ?, Ka ou fè ?, Ka'w fè ?, Sa ka maché ?, Ki jan ou yé ?, Kijan ou yé ?, Kouman ou yé ?Salutation la plus courante en Martinique : c'est elle qu'il faut produire par défaut. Mot à mot « qu'est-ce que tu fais ? », mais elle fonctionne comme « comment ça va ? » — on répond « Man byen », sans détailler. « Ka ou fè ? » est guadeloupéen, « Ki jan ou yé ? » haïtien : compris en entrée, jamais produits en sortie. |
| Comment vas-tu ? | Sa ou fé ? |
| Ça va ? | Sa ou fé ? |
| Ça marche ? | Sa ka maché ?salutation familière ; « Sa ou fé ? » reste la forme de référence |
| Je vais bien | Man byenaussi accepté : An byen, Man ka byen, An bon |
| Je vais bien, merci | Man byen, mèsi |
| Et toi ? | Épi'w ? |
| à tout à l'heure | a talè |
| à demain | a dèmen |
| bienvenue | byenvini |
| Comment tu t'appelles ? | Ki non'w ? |
| Je m'appelleJe m'appelle Marie | Non mwen séNon mwen sé Mari |
| Content de te voir | Kontan wè'w |
| Pas de problème | Pa ni pwoblèm |
| Bien le bonjour | Bèl bonjousalut chaleureux, souvent lancé à un groupe |
| Content de vous voir | Kontan wè zot« zot » = vous, pluriel ; au singulier « Kontan wè'w » |
| Bonne journée | Bon jounéEn attente de relecture par un locuteur natif |
Saluer est une obligation sociale, pas une politesse
C'est le premier écart culturel que remarque un visiteur. En France hexagonale, entrer dans une boutique sans saluer passe inaperçu. En Martinique, cela se voit immédiatement et se lit comme une marque de mépris. Le salut n'est pas une formule de politesse facultative : c'est ce qui reconnaît l'existence de l'autre avant d'engager quoi que ce soit.
La règle vaut dans un commerce, dans un bus, dans une salle d'attente, et souvent en croisant quelqu'un sur un chemin peu fréquenté. Elle vaut aussi avant de poser une question : demander son chemin sans avoir salué produit rarement une réponse chaleureuse. Un francophone qui n'a rien d'autre à offrir qu'un mot de créole devrait investir ce mot-là plutôt qu'un autre.
L'autre conséquence est que le salut se rend. Si l'on vous salue en entrant quelque part, répondre est attendu, même d'un inconnu, même en français.
Ce que votre salutation dit de vous
Les salutations sont l'endroit où les créoles de la Caraïbe se distinguent le plus nettement, et donc l'endroit où une erreur se remarque le plus vite. Employer une formule guadeloupéenne ou haïtienne en Martinique n'empêche pas d'être compris : cela situe simplement d'où vous tenez ce que vous dites, généralement d'un site généraliste qui ne fait pas la différence.
C'est vrai de la question qui sert de « comment ça va ? », dont la forme martiniquaise et la forme guadeloupéenne diffèrent d'un mot. C'est vrai aussi de « merci beaucoup », dont la variante haïtienne est comprise partout mais immédiatement identifiée comme venant d'ailleurs. Les notes ci-dessous signalent systématiquement ces cas.
Une autre différence structurelle surprend : le vouvoiement n'existe pas en créole. Il n'y a donc rien à choisir entre une forme familière et une forme respectueuse. Le respect se marque autrement, par le ton, par les titres d'adresse, et surtout par le fait de saluer en premier.
À savoir
- « Sa ou fé ? » est la salutation la plus courante en Martinique. Littéralement « qu'est-ce que tu fais ? », elle s'emploie comme un « comment ça va ? » : on y répond « Man byen », sans détailler. On la lit aussi écrite « Sa ou fè ? ».
- « Ka ou fè ? » veut dire la même chose mais c'est la forme guadeloupéenne. Elle est comprise en Martinique, et elle situe immédiatement celui qui la dit.
- « Mèsi anchay » est la forme martiniquaise de « merci beaucoup ». « Mèsi anpil » est haïtien : compris, mais immédiatement identifié comme venant d'ailleurs.
- Le vouvoiement n'existe pas en créole. Le respect passe par le ton, par « misyé » et « madanm », et par le fait de saluer en premier.
- « Padon » sert pour un frôlement ou une gêne passagère — se faufiler dans une file, marcher sur un pied. Pour une vraie excuse, on emploie « eskizé mwen », littéralement « excuse-moi » : une nuance proche de celle du français entre « pardon » et « excuse-moi ».
- « Souplé » ne change pas entre le tutoiement et le vouvoiement : c'est la même formule pour « s'il te plaît » et « s'il vous plaît ». Le vouvoiement n'existant pas en créole, il n'y a rien à décliner grammaticalement — seuls le ton et le contexte portent la politesse.
- Le pronom « ou » (toi) s'accroche souvent à ce qui le précède en perdant sa voyelle : « épi'w ? » (et toi ?), « kay'w » (ta maison), « ki non'w ? » (comment tu t'appelles ?). Repérer ce « 'w » final aide à identifier un mot qu'on n'a jamais vu.
- Pour se présenter, le créole ne dit pas « je suis » : « non mwen sé » signifie mot à mot « nom moi c'est », où « sé » fait office de verbe être — un mot distinct du marqueur « ka » qui porte le présent des autres verbes (voir la page grammaire).
Questions fréquentes
- Quelle est la façon la plus sûre de dire bonjour en Martinique ?
- Le simple « bonjou », qui ne prête à aucune ambiguïté et s'emploie dans toutes les situations. Les formules de type « comment ça va ? » sont plus exposées aux différences entre créoles, et c'est là qu'un visiteur se trompe le plus souvent de variété.
- Comment vouvoyer quelqu'un en créole ?
- On ne le fait pas, parce que la distinction n'existe pas dans la langue. Le respect passe par le ton, par les titres d'adresse et par l'ordre des choses, notamment le fait de saluer avant de demander.
- Faut-il saluer les inconnus en Martinique ?
- Dans un commerce, un bus ou une salle d'attente, oui, et l'omission se remarque. C'est l'un des écarts culturels les plus immédiats pour quelqu'un qui arrive de l'Hexagone.