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Kréyòl Matinik

Manger et boire en créole martiniquais

C'est le vocabulaire le plus utile au marché, et celui où les faux amis sont les plus nombreux : une « fig » n'est pas une figue.

33 entrées en graphie GEREC-2, dont 1 en attente de relecture par un locuteur natif.

ParPaul-Henri Dufourcq· mis à jour le

Traductions français – créole martiniquais pour ce thème
FrançaisKréyòl matinik
mangermanjé
nourrituremanjé
boirebwè
painpen
rizdiri
haricotpwa
viandevyann
pouletpoul
légumelegim
fruitfwi
banane plantainbannann
banane dessertfig« fig » désigne la banane dessert aux Antilles, pas la figue
manguemango
avocatzaboka
ananaszannanna
noix de cocokòko
citronsitwon
pimentpiman
selsèl
sucresik
huileluilEn attente de relecture par un locuteur natif
cafékafé
thétéhomographe du marqueur du passé « té » : le contexte tranche
laitlèt
jusji
rhumwonm
bièrebyè
soupesoup
moruelanmori
canne à sucrekann
cuisinekuizin
faimfen
soifswaf

Le thème où le mot à mot échoue le plus souvent

C'est le vocabulaire le plus utile au marché, et le plus piégeux. La raison tient à la nature de l'objet : les fruits, les légumes et les plats antillais ne recouvrent pas ceux de l'Hexagone, et le français local a donné à certains mots un sens qui n'est pas celui du français standard.

Le cas le plus connu concerne la banane, dont le créole distingue nettement deux types selon qu'elle se mange crue ou cuite, avec deux mots différents. Un francophone qui traduit mot à mot depuis le français demandera donc régulièrement autre chose que ce qu'il veut, et se verra servir un produit qui n'a rien à voir avec son attente.

La leçon dépasse ce thème : quand deux cultures culinaires diffèrent, le lexique bilingue devient un piège plutôt qu'un pont. Mieux vaut apprendre ce que désigne chaque mot que chercher son équivalent français.

Un vocabulaire qui raconte une économie

Les mots de ce thème dessinent en creux l'histoire agricole de l'île. La base du repas traditionnel — féculent, légumineuse, légumes, et poisson ou viande — correspond à une alimentation de subsistance issue de l'économie de plantation, et son vocabulaire est parmi les plus stables de la langue.

La canne à sucre et son produit distillé occupent une place particulière, à la fois dans le lexique et dans l'économie martiniquaise. Le vocabulaire qui les entoure est dense, et il déborde la cuisine pour toucher la culture et les usages sociaux.

Enfin, ce thème illustre une particularité grammaticale utile : la faim et la soif ne se disent pas avec un verbe dédié mais se construisent avec le verbe « avoir », exactement comme en français. C'est l'un des rares points où le calque depuis le français fonctionne, et il est bon de savoir lesquels sont sûrs.

À savoir

  • « Fig » désigne la banane dessert. La banane à cuire se dit « bannann ».
  • « Manjé » est à la fois le verbe manger et le nom nourriture.
  • « Té » (le thé) s'écrit comme le marqueur du passé. Seul le contexte les distingue.
  • « Bannann » et « fig » distinguent ce que le français regroupe parfois sous un seul mot : la banane à cuire d'un côté, la banane dessert de l'autre — une distinction culinaire plus qu'une nuance de langue.
  • « Diri » (le riz), « pwa » (les haricots) et « legim » (les légumes) forment, avec la viande ou le poisson, la base du repas martiniquais traditionnel.
  • « Wonm » (le rhum) vient de la canne à sucre, « kann » dans ce même thème : la distillation de la canne est au cœur de l'économie et de la culture martiniquaises.
  • « Fen » (la faim) et « swaf » (la soif) se construisent avec le verbe « ni » (avoir), pas avec un verbe dédié : « Man ni fen » signifie mot à mot « j'ai faim », sur le même modèle qu'en français.

Questions fréquentes

Pourquoi une « fig » n'est-elle pas une figue en Martinique ?
Parce que le mot désigne la banane dessert, la banane à cuire portant un autre nom. C'est le faux ami le plus courant du vocabulaire alimentaire et il produit régulièrement des malentendus au marché.
Comment dit-on « j'ai faim » en créole martiniquais ?
La construction utilise le verbe « avoir » suivi du nom, comme en français. C'est l'un des cas où le calque depuis le français donne un résultat correct.
Le vocabulaire de la nourriture est-il le même en Guadeloupe ?
Il est largement commun, mais c'est aussi l'un des domaines où les différences lexicales entre les deux îles sont les plus sensibles, les traditions culinaires locales ayant leurs propres appellations.