Les mots-outils du créole martiniquais
Ce sont les mots qui reviennent dans chaque phrase. Les connaître permet de comprendre la structure d'un énoncé même quand le vocabulaire manque.
34 entrées en graphie GEREC-2, dont 1 en attente de relecture par un locuteur natif.
ParPaul-Henri Dufourcq· mis à jour le
| Français | Kréyòl matinik |
|---|---|
| jeJe mange | manaussi accepté : an, mwenMan ka manjé« man » est la forme martiniquaise en position sujet ; « an » est guadeloupéen, accepté en entrée |
| tuTu manges | ouOu ka manjé |
| il | iaussi accepté : y |
| elle | iaussi accepté : yle créole ne distingue pas le genre au pronom sujet |
| nous | nou |
| vous | zòt |
| ils | yo |
| elles | yo |
| moi | mwen |
| ma maison | kay mwenle possessif se place APRÈS le nom |
| ta maison | kay ouaussi accepté : kay'w |
| la table | tab-lal'article défini se place après le nom : -a ou -la selon la finale |
| les maisons | sé kay-lapluriel défini : sé ... -la |
| ne pasJe ne mange pas | paMan pa ka manjé |
| qui | ki moun |
| quoi | ki saaussi accepté : sa |
| où | ki kotéaussi accepté : koté, ola |
| quand | ki lè |
| pourquoi | poukisaaussi accepté : pouki |
| comment | koumanaussi accepté : ki manniè, koumannyé« koumannyé » remplace « kouman » dans les questions sur la manière de faire une action (« comment as-tu fait ça », etc.) — validé par un locuteur natif martiniquais |
| combien | konmenaussi accepté : konbyen |
| et | épiaussi accepté : é |
| ou | obenEn attente de relecture par un locuteur natif |
| mais | mé |
| parce que | paskè |
| avec | épi |
| sans | san |
| pour | pou |
| dans | adanaussi accepté : an |
| sur | anlè |
| sous | anba |
| devant | douvan |
| derrière | dèyè |
| dehors | déwò |
Les mots-outils portent la structure, pas les terminaisons
En français, l'information grammaticale est distribuée dans les mots eux-mêmes : la terminaison du verbe donne la personne et le temps, l'accord de l'adjectif donne le genre et le nombre, l'article donne les deux. Retirez les mots-outils d'une phrase française et il en reste beaucoup de sens.
Le créole fonctionne à l'inverse. Les mots pleins restent invariables, et ce sont les petits mots placés autour qui portent presque toute l'information grammaticale. C'est pourquoi ce thème est le plus rentable du lexique : une trentaine de mots-outils bien connus permettent de décoder la structure de n'importe quelle phrase, même quand le vocabulaire manque.
Conséquence pratique : en écoutant du créole, ne cherchez pas la fin des mots. Cherchez ce qui les précède. Le marqueur devant le verbe donne le temps, le mot devant le nom donne le pluriel, et la négation se place avant le marqueur, pas avant le verbe.
Trois calques du français à désapprendre
Le premier concerne l'article défini, placé après le nom au lieu d'être placé avant. C'est l'erreur la plus visible chez un francophone débutant, et elle ne bloque pas la compréhension : elle signale simplement que la phrase a été fabriquée en français puis transposée mot à mot.
Le deuxième concerne le pluriel. Le nom créole ne prend pas de marque finale ; le pluriel défini se signale par un mot ajouté devant, le nom conservant par ailleurs son article postposé. Un francophone a le réflexe inverse et cherche à modifier la fin du mot.
Le troisième concerne le genre. Le créole n'a pas de genre grammatical : un seul pronom couvre « il » et « elle », et les adjectifs ne s'accordent pas. Le sexe de la personne dont on parle, quand il compte, se déduit du contexte ou se précise par un autre mot. Pour un francophone, cette absence est déroutante à la production, mais elle simplifie considérablement l'apprentissage.
À savoir
- L'article défini se place APRÈS le nom : « tab-la » (la table), « kay-la » (la maison).
- Le possessif aussi se place après : « kay mwen » (ma maison), littéralement « maison moi ».
- Le pronom sujet de 1re personne s'écrit « man » en martiniquais. « An » est guadeloupéen, « mwen » en position sujet est haïtien.
- « Il » et « elle » se disent tous les deux « i » (ou « y ») : le créole ne distingue pas le genre au pronom sujet. Le sexe de la personne dont on parle, s'il compte, se déduit du contexte ou d'un autre mot de la phrase.
- Le pluriel défini se marque en tête, pas à la fin : « sé kay-la » (les maisons) ajoute « sé » devant un nom qui garde son article postposé « -la ». Le nom lui-même ne prend jamais de -s.
- La négation « pa » se place devant le marqueur de temps, pas devant le verbe : « man pa ka manjé » (je ne mange pas), littéralement « moi pas présent manger ».
- Beaucoup de mots interrogatifs se construisent sur « ki » : « ki moun » (qui, mot à mot « quelle personne »), « ki sa » (quoi), « ki koté » (où), « ki lè » (quand). Reconnaître ce « ki » permet de repérer une question même sans connaître le mot qui suit.
- « Épi » porte deux sens que le français distingue : « et » et « avec ». Comme pour beaucoup de mots grammaticaux créoles, c'est le contexte qui tranche, pas la forme du mot.
Questions fréquentes
- Pourquoi l'article se place-t-il après le nom en créole ?
- C'est un trait hérité de la formation de la langue, partagé par plusieurs créoles à base française. L'article postposé s'est figé au contact du nom, là où le français maintient l'article devant.
- Comment dire « il » et « elle » en créole martiniquais ?
- Un seul pronom couvre les deux, car le créole ne distingue pas le genre au pronom sujet. Si la distinction compte, elle se déduit du contexte ou se précise par un autre mot de la phrase.
- Où se place la négation dans une phrase créole ?
- Devant le marqueur de temps, et non devant le verbe. C'est une différence d'ordre des mots qu'un francophone reproduit rarement spontanément.