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Kréyòl Matinik

La famille et les personnes en créole martiniquais

Le vocabulaire de la parenté est parmi les plus stables du créole. C'est aussi celui qui résiste le mieux au français : beaucoup de Martiniquais francophones disent « manman » et « doudou » sans y penser.

25 entrées en graphie GEREC-2, dont 2 en attente de relecture par un locuteur natif.

ParPaul-Henri Dufourcq· mis à jour le

Traductions français – créole martiniquais pour ce thème
FrançaisKréyòl matinik
mamanmanman
papapapa
mèremanman
pèrepapa
enfanttimanmayaussi accepté : ti moun, timoun
fillefi
garçonti bougaussi accepté : gason
femmefanm
hommenonmaussi accepté : boug
frèrefrè
sœursè
grand-mèregranmanmanEn attente de relecture par un locuteur natif
grand-pèregranpapaEn attente de relecture par un locuteur natif
famillefanmi
amizanmi
voisinvwazen
gensmoun
personnemounau sens d'individu ; « personne » négatif se dit « pèsonn »
monsieurmisyé
madamemadanm
marimari
épousemadanm
chéridoudou
chériedoudou
les enfantsmanmaysert aussi d'interpellation collective, « les amis »

Le vocabulaire qui résiste le mieux au français

La parenté est le domaine où le créole s'est le mieux maintenu, y compris chez des Martiniquais qui mènent l'essentiel de leur vie en français. Les mots pour « maman » et « papa » s'emploient sans y penser, dans des phrases par ailleurs entièrement françaises, au point qu'ils appartiennent autant au français régional de Martinique qu'au créole.

L'explication tient à la nature de ces mots : ce sont les premiers appris, dans le cadre le plus intime, celui où la diglossie place le créole. Une langue peut reculer dans l'administration et l'école tout en restant intacte à la maison, et c'est exactement ce qui s'est produit.

Pour un apprenant, cela signifie que ce thème est celui où l'on a le plus de chances d'entendre du créole même dans une conversation qui se tient en français. C'est donc un bon point d'entrée pour l'oreille.

Les mots d'adresse, et les limites à ne pas franchir

Le créole dispose de plusieurs mots pour interpeller un groupe, selon qu'il s'agit de jeunes, d'une assemblée ou d'un cercle familier. Ils n'ont pas d'équivalent exact en français et se traduisent approximativement par « les jeunes », « les amis », « tout le monde ». Un francophone peut les comprendre sans les employer : leur maniement dépend d'une familiarité qui ne se décrète pas.

C'est encore plus vrai des termes d'affection. Le plus connu d'entre eux circule largement dans l'imagerie touristique des Antilles, ce qui pousse certains visiteurs à l'employer avec des inconnues. L'effet produit est exactement l'inverse de celui recherché : familiarité déplacée dans le meilleur des cas, perçue comme condescendante dans le pire.

La règle est simple et vaut au-delà de ce thème : les mots d'affection s'écoutent longtemps avant de s'employer, et ils ne s'emploient qu'avec des gens qu'on connaît. Les titres de civilité, eux, sont sans risque.

À savoir

  • « Timanmay » désigne les enfants et sert aussi à interpeller un groupe, comme « les jeunes ».
  • « Manmay » s'adresse à une assemblée, proche de « les amis » ou « tout le monde ».
  • « Doudou » est un terme d'affection courant. Employé par un visiteur envers une inconnue, il passe mal.
  • « Manman » et « papa » restent identiques en créole comme dans le français familier des Antilles : c'est l'un des pans du vocabulaire que la francisation a le moins déplacé, sans doute parce que ce sont les premiers mots appris.
  • « Boug » et « fanm » désignent l'homme et la femme de façon neutre et courante ; « ti boug » (garçon) reste, lui, de registre familier, à réserver à un contexte détendu.
  • Le couple se dit avec les mêmes mots que la civilité : « madanm » vaut pour « madame » comme pour « épouse », « mari » ne varie pas. C'est le contexte qui distingue le titre du lien familial.

Questions fréquentes

Pourquoi les Martiniquais francophones utilisent-ils des mots créoles pour la famille ?
Parce que la répartition entre les deux langues suit les domaines d'usage. Le créole domine la sphère familiale et intime, où ces mots sont appris en premier, et ils s'emploient donc même dans des phrases françaises.
Peut-on employer un terme d'affection créole envers quelqu'un qu'on ne connaît pas ?
Non, cela passe mal. Ces mots supposent une familiarité réelle ; employés par un visiteur envers une inconnue, ils sont perçus comme déplacés.
Le créole distingue-t-il « madame » et « épouse » ?
Le même mot couvre le titre de civilité et le lien conjugal, comme dans plusieurs domaines du lexique où le créole regroupe ce que le français sépare. Le contexte tranche.