Les animaux en créole martiniquais
Plusieurs de ces animaux sont les personnages récurrents des proverbes créoles. Le crabe, le cafard et la luciole y tiennent des rôles bien précis.
17 entrées en graphie GEREC-2, dont 1 en attente de relecture par un locuteur natif.
ParPaul-Henri Dufourcq· mis à jour le
| Français | Kréyòl matinik |
|---|---|
| chien | chyen |
| chat | chat |
| poule | poul |
| coq | kok |
| poisson | pwason |
| crabe | krab |
| oiseau | zwazo |
| vache | bèf |
| cochon | kochon |
| cheval | chouval |
| rat | rat |
| mouche | mouch |
| moustique | moustik |
| fourmi | fronmiEn attente de relecture par un locuteur natif |
| serpent | sèpan |
| cafard | ravèt |
| luciole | bèt-a-fé |
Des animaux qui parlent des humains
Le vocabulaire animalier créole ne se comprend pas entièrement comme du vocabulaire. Plusieurs de ces noms sont d'abord des personnages, avec un rôle fixe dans le répertoire des proverbes : le faible qui n'a jamais raison devant le fort, l'insecte dérisoire, la bête qui éclaire la nuit.
Ce détour par l'animal n'est pas un ornement. Il vient d'une histoire précise, celle d'une société où dire directement les rapports de force était dangereux. Faire parler des animaux permettait d'énoncer une vérité sociale sans la formuler, et cette parole détournée a survécu à ce qui l'avait rendue nécessaire.
Conséquence pour l'apprenant : entendre l'un de ces noms dans une conversation ne signifie pas qu'il est question de l'animal. Le nom fonctionne alors comme une allusion, sur le modèle de nos propres expressions où le renard n'est pas un renard.
Un découpage du monde animal qui n'est pas le nôtre
Le français dispose de mots distincts pour les mâles et les femelles des animaux domestiques, et considère cette distinction comme allant de soi. Le créole ne la marque pas systématiquement : un même mot peut couvrir la vache et le bœuf, et le sexe, s'il compte, se précise autrement.
Cette économie est cohérente avec l'absence de genre grammatical dans la langue. Elle rappelle surtout qu'un lexique bilingue juxtapose deux systèmes qui ne se recouvrent pas : la colonne française donne l'équivalent le plus courant, pas une traduction exacte.
On observe par ailleurs dans ce thème un bon échantillon de remodelage phonétique : plusieurs noms viennent du français mais ont été transformés en entrant dans la langue, au point que la parenté ne saute aux yeux qu'une fois signalée.
À savoir
- « Ravèt » (le cafard) est le faible des proverbes : « Ravèt pa ni rézon douvan poul ».
- « Bèt-a-fé » désigne la luciole, littéralement « bête à feu ».
- « Bèf » désigne aussi bien la vache que le bœuf : le créole ne distingue pas systématiquement les sexes des animaux domestiques par des mots différents, contrairement au français.
- « Ravèt » et « bèt-a-fé » sont deux des personnages récurrents des proverbes créoles, où les animaux servent souvent à parler des rapports de force entre humains (voir la page proverbes).
- « Chouval » (cheval) montre comment un mot français a été remodelé phonétiquement en entrant dans le créole — un phénomène qu'on retrouve dans une bonne partie du vocabulaire emprunté.
Questions fréquentes
- Pourquoi les animaux sont-ils si présents dans les proverbes créoles ?
- Parce qu'ils permettaient de dire indirectement ce qui ne pouvait pas être dit en face, dans une société où la parole directe sur les rapports de force était risquée. Cette forme détournée s'est maintenue.
- Le créole distingue-t-il le mâle et la femelle des animaux ?
- Pas systématiquement. Un même mot peut couvrir les deux, cohérence logique dans une langue sans genre grammatical, la précision se faisant autrement quand elle est nécessaire.
- Les noms d'animaux créoles viennent-ils du français ?
- Beaucoup en viennent, mais souvent remodelés phonétiquement au point que la parenté n'est pas immédiatement évidente. C'est un mécanisme général du lexique créole.